Articles & Réflexions
Image de soi : quand le regard des autres devient une norme
À force de voir des images idéalisées, finissons-nous par ne plus savoir comment nous regarder ?
Par Gérard Hartenstein ·

L’image que nous avons de nous-mêmes ne se construit plus uniquement dans le regard direct de nos proches, de notre famille ou de nos collègues.
Elle se façonne aussi, de plus en plus, au contact des images que nous voyons chaque jour.
Réseaux sociaux, photographies retouchées, corps idéalisés, représentations de la réussite, de la beauté ou du bonheur…
Ces images finissent parfois par devenir des points de comparaison.
Se comparer à une image qui n’existe peut-être pas
Certains mouvements, comme le body positivity ou le body neutrality, ont cherché à diversifier les représentations du corps et à remettre en question certains standards esthétiques.
Pourtant, les normes physiques restent très présentes.
Les réseaux sociaux et leurs algorithmes peuvent accentuer ce phénomène en nous exposant régulièrement à des représentations similaires : mêmes corps, mêmes visages, mêmes signes de réussite.
Peu à peu, une question peut apparaître :
« Pourquoi est-ce que je ne ressemble pas à cela ? »
Et derrière cette question s’en cache parfois une autre :
« Est-ce que je suis suffisamment bien tel que je suis ? »
Quand l’image devient aussi une mesure de notre valeur
La comparaison ne concerne d’ailleurs plus seulement l’apparence physique.
Notre image de nous-mêmes peut également être influencée par ce que nous percevons de la réussite des autres : carrière, vie sociale, couple, voyages, accomplissement personnel…
Nous ne comparons alors plus simplement notre apparence.
Nous comparons nos vies.
Avec une difficulté majeure : nous comparons souvent notre réalité quotidienne à une représentation sélectionnée de la vie des autres.
Ce décalage entre ce que nous sommes et ce que nous pensons devoir être peut fragiliser l’estime de soi.
Retrouver son propre regard
Il ne s’agit pas de supprimer le regard des autres.
Nous nous construisons aussi grâce à lui.
Mais nous pouvons nous interroger sur la place que nous lui accordons.
Qu’est-ce que j’attends réellement de moi ?
Et qu’est-ce que j’essaie d’être pour correspondre à ce que je crois que les autres attendent de moi ?
Prendre conscience de cette différence peut constituer un premier mouvement.
Celui qui permet progressivement de ne plus chercher uniquement à correspondre à une image idéale, mais de retrouver une manière plus personnelle de se regarder et de se définir.